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Paris Le 23 mars 2006
Madame la Ministre Monsieur le Président de l’institut de Stratégie et de pédagogie de l’entrepreneuriat, Claude Ruel Chers collègues universitaires, Chers étudiants, Permettez mois de vous dire combien je suis honorée de participer à l’ouverture du Rendez- vous entrepreneurial de la Francophonie 2006, aux cotés de la Présidente d’honneur, Madame Monique Gagnon-Tremblay, Ministre des relations internationales et de la Francophonie du Québec. Au nom du secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie, son excellence Monsieur Abdou DIOUF et de son administrateur, Monsieur Clément DUHAIME, je remercie les organisateurs de nous d’avoir associé à cet événement francophone. Mesdames et Messieurs, outre le partage de la même langue, la Francophonie repose aussi sur le partage de valeurs communes, liées à la culture, à l’éducation formation et au développement. Même si la Francophonie garde encore dans l’opinion l’image d’une organisation vouée en priorité à la langue, à la culture et à la défense des valeurs démocratiques, les derniers Sommets de Chefs d’Etats et de Gouvernements francophones ont mis l’accent sur l’importance du développement économique, comme axe privilégié d’intervention. Cela a été confirmé de façon définitive à Ouagadougou en novembre 2004, lors du X° Sommet. Une des quatre missions définies par le Cadre stratégique, adopté à l’occasion de ce Sommet, consiste en effet à « développer la coopération au service du développement durable et de la solidarité ».
contribuer par la coopération aux efforts de réduction de la pauvreté dans une stratégie de développement durable ; contribuer à l’intégration des pays en voie de développement et en particulier des pays francophones les moins avancés, dans l’économie mondiale. Mesdames et Messieurs, il est rare que le mot « entrepreneuriat » ne soit pas cité à plusieurs reprises dans les discours traitant du développement économique des pays industrialisés ou des pays en développement. Que ce soit un haut responsable de l’Etat, un acteur national du développement, ou une organisation internationale, l’entrepreneuriat passe pour être un moyen réel et efficace pour créer une nouvelle dynamique économique. Ne dit-on pas en parlant d’une personne qui a su montrer par ses idées, son énergie et ses moyens une réussite économique, quelle est un vrai « entrepreneur » ? D’où l’intérêt porté à une généralisation du mot dans les discours politiques, servant à démontrer que si on multiplie le nombre des entrepreneurs chanceux, on disposera alors d’un levier efficace de développement pour le pays. Cependant, l’assertion célèbre de Humes, « la répétition du particulier ne peut se prévaloir du général ! » doit être prise en compte, car elle tempère la portée des exemples de réussite. Autrement dit, il faut savoir passer de « l’entrepreneur » à la généralisation du concept, que l’on qualifie « d’entrepreneuriat ». La problématique et la stratégie de concrétisation ne sont pas une homologie, mais un nouvel art élevé au niveau de tout un peuple, celui de « l’art entrepreneurial » Passer de l’incantation, fondée sur des sentiments et des ressources émotives, à l’action soutenue par un art spécifique, impose de raisonner nécessairement en termes plus opérationnels, intégrant les conditions concrètes et psychologiques de l’activité visée. L’entrepreneuriat est assimilé à la création d’entreprise et à la gestion des petites structures économiques. En réalité, l’entrepreneuriat repose sur la créativité et le changement appliqués à une activité qui tente à réduire une contrainte de la vie sociale par de nouvelles forces ayant de nouveaux impacts, et nourrissant une forte ambition communicatrice. C’est précisément à mon sens, ce qui distingue cette notion « d’entrepreneuriat » de celle de l’entrepreneur. Pour passer d’un individu à une activité entrepreneuriale, il faut pouvoir passer des « savoirs » au niveau plus élevé, celui des savoir-faire. Cette distinction est fondamentale et très souvent mal connue. Le savoir-faire est le résultat d’une interaction positive entre des hommes, des méthodes de travail et des machines. Le savoir impose une assimilation de connaissances. Le savoir-faire impose une accommodation des connaissances. On a trop privilégié le premier, particulièrement dans l’enseignement. On est encore aux balbutiements pédagogiques du deuxième. Et pourtant quelle nuance ! Par exemple un artisan crée dans un processus d’accommodation, car il est confronté à de multiples contraintes qu’il doit lever quotidiennement. Envoyer son fils dans une école ou règne par principe l’assimilation des connaissances pour qu’il devienne un entrepreneur, c’est l’inciter à quitter l’artisanat pour viser une structure ou les contraintes de l’environnement sont déjà en grande partie assimilées. Il ne peut donc y avoir de véritable entrepreneuriat sans l’appropriation des savoir-faire, c’est-à-dire de la prise de conscience des effets de synergie entre les méthodes, les machines et ses propres capacités humaines explicites ou latentes. Le concept que je vous propose ici pour l’entrepreneuriat, qui est développé plus largement par l’Ecole Systémique Economique, est pour moi aussi important que celui qui a conduit au développement durable, imposant de la même façon, mais à un autre niveau, un effet de synergie entre l’économie, le social et l’environnement.
Le développement de la culture entrepreneuriale sur ces principes dans un pays pose donc en amont le problème de la cohérence économique, éducative et sociale. Tout brillant cadre issu d’un pays émergent, diplômé d’une très grande université internationale a acquis des savoirs. Mais ce cadre peut se révéler une perte de ressources, voire une source de frustration, si son pays ne lui favorise pas la concrétisation de ses savoir-faire pour obtenir un résultat économique et social attendu. Autrement dit, il faut que les leaders politiques inscrivent l’appui à l’entrepreneuriat parmi les priorités de leur pays. Ce qui leur impose d’impulser une politique de développement avec des facteurs également en synergie, c’est-à-dire des structures efficaces de formation continue, un appui à l’innovation et à la recherche, des transferts de technologies à leurs profits provenant des pays développés. Le succès de l’entrepreneuriat au niveau du pays passe nécessairement par une organisation tripartite des ministères concernés, favorisant ainsi les synergies. La recherche de cohérence économique, éducative et sociale est donc l’une des clefs de l’entrepreneuriat actif. Devant les difficultés rencontrées par les pays les moins avancés, c’est même un impératif, dont il faudra répondre de ses résultats à l’échelle de l’Histoire. Déjà, du temps d’Héraclide au V° siècle avant J-C, on reconnaissait qu’un « bien-être accru produit un besoin croissant de culture ». La culture était alors considérée comme un élément de la sagesse, qui incite ensuite à l’action raisonnée. Pour un pays quel qu’il soit, le niveau de culture économique, sociale et financière doit refléter le niveau de bien-être de leur population. Il est donc spécifique à un pays. Au niveau des pays en développement on a constaté les dernières décennies le changement complet de paradigmes économiques. On a assisté au rejet quasi complet des anciens modèles et théories de développement, tant au niveau macro qu’au niveau microéconomique. Les programmes de coopération au niveau bilatéral et multilatéral ont essayé de combler ce vide temporaire au niveau de la théorie et de la pratique économique, y compris dans le domaine de l’entrepreneuriat. Cependant, il faut remarquer que la contribution des experts nationaux à ce changement, par l’émergence des théories endogènes, a été assez faible. La particularité et la valeur ajoutée de votre initiative est justement de permettre, avec l’appui des nouvelles technologies, la participation active des experts des pays en développement, et plus particulièrement des jeunes cadres et enseignants. Les contraintes internes de nombreux pays en développement, la vitesse des changements dans ces pays, l’atonie de la recherche économique, expliquent le succès de l’intégration et assimilation rapide de la pensée et des modèles occidentaux, souvent d’inspiration anglo-saxonne dans les écoles et universités des ces pays. Que faire sur le terrain avec les beaux modèles, souvent à deux dimensions, vite assimilés, des écoles de management américaines par exemple ! Tout en acceptant un intérêt intellectuel, des plus nuancés, de ces modèles « solutions » dans le contexte des pays développés, il faut aussi reconnaître le grand risque de leur intégration non sélective dans la pratique des entreprises, des collectivités et de l’état des pays en développement. Pire, ils créent une frustration ! Dans ce cadre, votre initiative qui milite pour le développement de la culture entrepreneuriale dans l’espace francophone, cela dans le respect des valeurs culturelles de chaque pays est salutaire. Fondé à mon avis sur les trois grands principes que je viens d’aborder rapidement : vision systémique, suprématie de l’accommodation sur l’assimilation et cadre culturel, je dois reconnaître cependant que l’entrepreneuriat n’est pas la panacée. Certes, il est un moyen efficace et accessible de tenter de satisfaire, par l’incitation au désir de création, une dynamique vraiment systémique dans le pays les moins favorisés de l’espace francophone. Mais il lui faut une volonté des gouvernants. De cette volonté, la Francophonie économique en est persuadée. Ses acteurs ont pu démontrer l’intérêt de cette approche dans la mise en place de quelques projets phares portant par exemple sur le développement d’une économie de proximité axée sur des petites entreprises insérées dans une filière technologique, mais aussi la formation en entrepreneuriat, ou par la mise en place d’un fond de garantie pour soutenir le développement des entreprises culturelles. Nos instances souhaitent que la Francophonie économique puisse rester à l’écoute de ses pays membres, avides de progrès pour sortir enfin d’une situation sociale souvent inhumaine. Elle doit démontrer concrètement sa conviction que l’entrepreneuriat est salutaire, mais à condition de l’appréhender en sachant qu’il est aussi un art. Et comme l’écrivait le français Stendhal au milieu du XIX° siècle : « Dans les arts rien ne vit que ce qui donne continuellement du plaisir… » C’est donc avec le plaisir renouvelé de bien faire que doivent se placer nos actions. Je vous remercie de votre attention. Professeur Maria Niculescu Directrice de la Coopération économique -OIF |
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